Amen.

Posted by: Jey   
2 octobre,
2009

- Bon… on dirait que c’est la dernière occasion pour nous de choisir… l’Imperium ? Ou une retraite pépère dans un trou perdu ?

Anderson lâcha un soupir. Le poing devant la bouche, son pouce semblant caresser la cicatrice barrant sa joue et produisant un faible crissement au contact de sa barbe de plusieurs jours. C’était devenu un réflexe à chaque fois qu’il se perdait dans ses pensées. Comme si de toute façon ils avaient le choix… mais il préférait encore y croire, se dire qu’ils avaient encore la possibilité de tout arrêter… se barrer… loin… très loin.

- Qu’est ce que tu en penses ?

Question con. Il connaissait déjà la réponse. Il aurait aimé qu’elle soit différente, où au moins dictée par de bonnes raisons, même si, au point où ils en étaient, elles avaient toute la même valeur : plus grand-chose. Mais il fallait tout de même qu’il demande… ne serait-ce pour se conforter un peu.

- J’ai quelque chose à finir ici…

La voix était rauque, à peine audible, presque un murmure prêt à disparaître. Ces cinq dernières années semblaient peser bien plus lourd sur les épaules de l’arbitrator que sur les siennes. Si la dernière campagne l’avait laissé à moitié aveugle, son regard s’était éteint bien plus tôt.

- Alors je te suis.

C’était fait. Comme s’ils venaient enfin d’avouer la décision qu’ils avaient prise il y a de cela longtemps.

- Vous faites chier…

Anderson ne put retenir un sourire. Si Johnson avait souhaité partir, il l’aurait fait il y a un bon moment, sans demander son avis à qui que ce soit d’ailleurs.

Ils se regardèrent, tous les trois, hochèrent la tête et Anderson tendit la main vers le pupitre radio, soulageant un interrupteur dont le voyant clignotait avec insistance depuis de longues minutes. L’écran tout proche fut balayé par les parasites et un semblant d’image oscilla à peu près clairement en son centre.

- Mère poule à Rayures… répondez Rayures.

Dans tout l’Imperium, il n’y avait qu’eux pour choisir des noms de code aussi pourris.

- Ici Rayures. On s’est posé comme prévu.

Un visage marqué par le temps, à moitié caché par une épaisse barbe de cendres qui était sur le point de masquer l’insigne inquisitorial pendu à son cou. Sans doute l’un des rares visages encore amical. Leur interlocuteur sembla les observer avec attention, comme s’il cherchait à sonder leur détermination. S’il fut sans doute déçu, il n’en montra rien.

- Bien… nous allons rejoindre notre position… -

Une vague de parasites engloutit les quelques secondes suivantes de transmission. Décidément… tout semblait tomber en miettes.

- … communications ne passeront… -

L’image se figea. Swann jura. Moins à cause de la radio qu’à cause de la silhouette que l’on discernait vaguement derrière l’Inquisiteur. À peine plus qu’une ombre… mais la chevelure rousse ne laissait pas place au doute.
Il aurait aimé dire quelque chose. Il y serait sans doute parvenu s’il cela avait été n’importe quelle autre fille. Mais là, c’était différent.

Encore des parasites, puis l’image reprit vie.

- Bonne chance. Que l’Empereur soit avec vous.
- T’en fais pas vieil homme…

D’un geste rapide et plus brusque qu’il ne l’aurait voulu, Anderson coupa la communication.

- Aller… c’est à nous.

* * *

La navette aquila, reconnaissable à sa livrée ocre tigrée, s’était posée sans délicatesse dans le hangar du cuirassé.

Deux minutes et vingt cinq secondes plus tôt, ce qui restait de deux compagnies de l’Adeptus Sororitas les y avaient précédés.

Encore dix-sept minutes auparavant, c’était un contingent des forces spéciales de l’Inquisition qui avait fait place nette.

L’ordre d’arrivée semblait curieux, mais la raison était simple. Les gars de la force spéciale étaient plus nombreux mais peu habitués à ce genre d’assaut. Ils devaient entrer, dégager un passage et tenir autant que possible. Les sœurs arrivaient alors, car ce qui les attendait était bien pire. L’équipe Inquisitoriale arrivait en dernier, à cause de deux minutes et vingt cinq secondes de retard.

Lorsqu’ils descendirent de la navette, une cinquantaine de garde s’acharnaient à garder le contrôle du hangar. Parfois, un tir s’échappait de l’un des couloirs d’accès, s’écrasant contre un mur, un transporteur, une caisse, un garde impérial qui s’écroulait dans un cri étouffé.

Les cinq escouades de sœurs étaient prêtes, tenant l’unique accès ayant pour eux un quelconque intérêt.

L’immensité du hangar donnait l’illusion d’une sécurité trompeuse. Des dizaines de mètres séparaient chacun des groupes. Les tirs, les râles d’agonies… tout paraissait si loin, se perdant en échos diffus qui résonnaient sans fin. Seuls les corps jonchant le sol parvenaient à rappeler la précarité de la situation.

Courbés, ils avancèrent tous les trois pour rejoindre les sœurs de bataille, enjambant les corps, pataugeant dans le sang qui avait formé de larges flaques, sans même un regard pour les gardes. Peu importe l’acharnement avec lequel ces derniers se battraient, ils étaient déjà mort, et ce depuis l’instant ou ce plan avait été conçu. Qu’est ce qu’un regard, un encouragement pouvaient bien changer à cela ?

Chanoinesse Aesta

- Vous êtes en retard !

Anderson sentit ses mâchoires se crisper. C’était bien le moment qu’elle la ramène…

- Tu as remarqué ? Dehors aussi c’est le bordel…

La chanoinesse Aesta haussa dédaigneusement les épaules pour toute réponse, dégagea d’un souffle la mèche blanche qui lui tombait sur le visage et désigna le couloir devant elle.

- On les a calmés. La voie est libre pour l’instant… mais on a pas intérêt à trainer.

Ils acquiescèrent. Ils n’avaient aucun moyen de savoir si leurs plans des lieux étaient fiables. Les cuirassés de classe Oberon étaient particulièrement rares et surtout anciens. Les chances étaient grandes qu’ils finissent dans un cul de sac ou dans une zone désaffectée et impraticable. Et il n’est jamais conseillé de découper les parois d’un vaisseau que l’on ne connaît pas. Selon toutes probabilités, ils seraient contraints d’improviser. A ce jeu ils étaient très forts, mais curieusement, le plan leur avait paru bien moins aléatoire alors qu’ils étaient installés dans la confortable salle de briefing d’un croiseur impérial.

* * *

Pendant des années, ils avaient traqué une ombre. Affrontant les séides d’un ennemi invisible, ne déjouant ses machinations que pour en découvrir d’autres plus sinistres encore. Alors que la XIVème croisade noire débutait et ravageait l’Imperium, leur adversaire se révéla enfin quand le Beliskner, un cuirassé de classe Oberon que tout le monde croyait perdu depuis des millénaires apparut avec toute son escorte, bien trop près de la Sainte Terra …

Cette fois, la balance penchait dangereusement en défaveur de l’Imperium.

* * *

- Bon, c’est là qu’on se sépare.

Ils avaient avancé sans encombre. Rien ne semblait pouvoir venir à bout de ces sœurs. Depuis le début de la traque, elles étaient là. Elles avaient survécu à chaque conflit. Leurs camarades étaient tombées, les unes après les autres. Pas elles. Enfin elles avaient la possibilité de mettre un terme à cette horreur et cela décuplait leur ferveur. Ceux qui avaient tenté de les retenir s’étaient retrouvés consumés par leurs flammes purificatrices.

- C’est un plan foireux.

Ponctuant sa phrase, Johnson dégrafa son masque et glissa une cigarette à ses lèvres.

- L’occuper pourra peut être vous faire gagner du temps.

Personne ne répondit rien. Sœur Kerian resta de longues secondes à affronter son commandant du regard, comme pour tenter de le faire changer d’avis.

- Je dois le faire.

Il avait prononcé cela comme une excuse. Presque comme s’il attendait qu’elle lui pardonne de ne pas l’accompagner. Elle se contenta de baisser la tête, puis de saluer. Anderson observait l’échange avec curiosité. Il n’était pas surprenant que ces deux là étaient parvenus à s’entendre dès le départ. Lui qui ne respectait rien, elle qui était allé trop loin. Et à présent, curieux caprice du destin, il arborait tout comme elle une large griffe sur la moitié du visage, de part et d’autre d’un œil d’un blanc laiteux. Curieux destin, car si Alex commençait bien à avoir quelques cheveux blancs, sa relation avec Aesta restait au mieux des plus orageuse.

S’arrachant à ses pensées, il se racla la gorge.

- Dis rien Alex … je sais…

Après un bref geste de la main, Swann s’engouffra dans l’un des passages, disparaissant bientôt, avalé par l’obscurité.

* * *

D’un geste rageur, Aesta essuya le sang qui coulait dans ses yeux. Une arcade sourcilière ouverte, ce n’était rien, mais cela saignait abondamment. Son regard embrassa la portion de couloir dans laquelle elles étaient coincées. La fermeture d’une cloison blindée avait coupé le groupe en deux. Si les autres avaient pu poursuivre leur chemin, elles s’étaient retrouvées coincées sous le feu de l’ennemi. Et même son pistolet inferno ne parviendrait pas à découper l’énorme bloc de métal assez vite.

Aucun bruit. Visiblement, les grenades avaient fait le ménage. Mais elle savait que le répit ne durerait pas.

- Lève la tête… et dégage tes cheveux…

Kerian venait visiblement de trouver un autre usage à son pistolet inferno et brandissait un morceau de métal à la pointe chauffée à blanc. Cela manquait totalement de subtilité, mais au moins ça marcherait… peut être.

Elle rejeta la tête en arrière, serra les dents et se tint prête. Au moment où le métal toucha sa peau, la douleur fusa dans son dos, se répandit dans tout son corps. L’espace d’un instant, il lui sembla que ses jambes allaient se dérober sous elle. L’odeur de chair brûlée la surprit, âcre, insistante. Elle avait pourtant l’habitude… elle en était même arrivée à l’apprécier.

- C’est fini…

Elle suspectait grandement l’ancienne sœur prioris de s’être un peu attardée. La douleur était toujours là, mais au moins le saignement avait cessé. De toute façon, elle serait soulagée de cette douleur bien assez tôt, tout ce qui comptait, c’était d’y voir assez pour emmener le plus de monde possible avec elle.

- A propos de ce que j’ai fait à Hellheim…

Kerian fronça les sourcils et agita le métal encore brûlant devant ses yeux.

- La même chose que moi à l’époque… Là même chose pour laquelle tu m’as rayée de notre ordre.
- Maintenant je comprends …

La bannie secoua la tête, laissa tomber son tisonnier improvisé et se détourna pour ramasser le bolter lourd des mains de l’une de sœurs gisant sur le sol. Il restait moins d’une cinquantaine de cartouches. Cela serait vite réglé.

Des bruits de course précipités dans les couloirs annoncèrent la fin du répit. La chanoinesse arma son lance flamme et se tint prête.

Quelques instants plus tard, elles déchaînaient l’enfer sur les ennemis de l’Empereur. Lorsque le lance-flammes crachota puis s’éteignit, elles échangèrent un bref regard. Comme à l’époque où elles combattaient ensemble, les mots étaient superflus.

« Pour l’Empereur !» 

Le cri résonna, vibrant, emplissant tout le couloir, résonnant sur les parois, dernière oraison pour celles tombées à leurs côtés. Elles chargèrent, farouches et invincibles, attendant le dernier instant pour libérer de leurs mains les chapelets de grenades au phosphore.

* * *

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3 Responses for "Amen."

jeremiah johnson

Génial… tout simplement génial. Ca correspond tout à fait a l’évolution que j’ai prévu pour JJ.

Par contre une ou deux petites choses à revoir au niveau de la forme, notamment au début pour clarifier qui dit et qui fait quoi. C’est un peu nébuleux

Suis d’accord… me dit aussi qu’il faudrait vraiment que je retouche ça.

Alex

J’adore!!!

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